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8 février 2026Stratégie & indépendance

Apport-cession et restructuration d’un groupe tech : les outils fiscaux pour réorganiser sans payer deux fois

L’apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) permet à un fondateur d’apporter les titres de sa société à une holding qu’il contrôle, puis de céder ces titres depuis la holding avec un report d’imposition de la plus-value d’apport. Pour bénéficier du report, la holding doit soit conserver les titres trois ans, soit réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans une activité économique dans les deux ans.

Le mécanisme de l’apport-cession et son intérêt

Sans apport-cession, un fondateur qui cède directement sa société paie l’impôt sur la plus-value dans l’année de la cession : flat tax de 30 % ou barème progressif de l’IR. Sur une plus-value de 3 M€, l’impôt immédiat est de 900 000 € au taux flat — une somme qui sort définitivement de l’enveloppe de réinvestissement. Avec l’apport-cession, cette somme reste dans la holding et peut être réinvestie intégralement.

Le report d’imposition n’est pas une exonération : la plus-value sera un jour imposée, lors de la cession des titres de la holding, du décès du fondateur, ou d’une violation des conditions de réinvestissement. Mais le différé temporel permet de réinvestir 3 M€ au lieu de 2,1 M€, avec un effet de levier sur la croissance du réinvestissement pendant la durée du report.

Les conditions de réinvestissement qui sécurisent le report

Si la holding cède les titres apportés dans les trois ans suivant l’apport, elle doit réinvestir 60 % du produit dans une activité économique éligible dans les deux ans. Les activités éligibles sont larges : création ou reprise d’une société opérationnelle, souscription au capital d’une PME innovante, investissement dans un fonds de capital-risque. L’investissement dans des actifs financiers passifs (obligations, immobilier de rendement pur) n’est pas éligible.

Pour un groupe tech, ce réinvestissement peut financer la R&D d’une nouvelle filiale, l’acquisition d’un concurrent, ou l’expansion internationale. C’est un cercle vertueux : la cession d’une première société finance la construction de la suivante, avec un report d’imposition qui agit comme un prêt sans intérêt du fisc pendant la durée du report.

Les risques et les erreurs à éviter

Le non-respect des conditions de réinvestissement met fin au report et déclenche l’imposition immédiate de la plus-value en report, avec intérêts de retard. Les causes les plus fréquentes de rupture : réinvestissement dans des actifs non éligibles, délai de réinvestissement dépassé, ou perte du contrôle de la holding par le fondateur. Ces risques exigent un suivi rigoureux et un accompagnement fiscal sur toute la durée du report.

Un piège spécifique : la donation des titres de la holding pendant la période de report transfère le report au donataire. Si le donataire cède ensuite les titres, il supporte l’imposition de la plus-value en report. Ce mécanisme doit être explicitement documenté dans l’acte de donation pour que le donataire comprenne l’imposition latente qu’il reçoit en même temps que les titres.

Questions fréquentes

L’apport-cession est-il cumulable avec le pacte Dutreil ?

Non directement : le Dutreil s’applique aux donations de parts de sociétés opérationnelles, tandis que l’apport-cession concerne la cession de titres via une holding. Les deux dispositifs peuvent se succéder dans le temps — apport-cession pour réinvestir le produit de cession, puis Dutreil pour transmettre la nouvelle holding — mais pas se superposer sur le même événement fiscal.

Quel délai entre la création de la holding et l’apport pour que l’opération soit valide ?

Il n’y a pas de délai minimum légal entre la création de la holding et l’apport. Mais l’administration peut requalifier l’opération en abus de droit si la holding est créée dans le seul but de différer l’impôt sans réalité économique. Constituer la holding avec une véritable activité de gestion de groupe, avant d’y apporter les titres de la filiale, sécurise l’opération contre ce risque.